Tapez « filtre eau PFAS » dans un moteur de recherche et vous tomberez toujours sur les mêmes promesses : « élimine 99 % des PFAS », « eau pure », « certifié NSF ». Leur défaut commun, c'est de parler des PFAS comme d'un polluant unique. Or c'est une famille de substances, des milliers selon la définition que l'on retient, aux comportements parfois très différents. Un pourcentage global appliqué à « les PFAS » n'a donc aucun sens scientifique. La vraie question est plus étroite : quel composé, dans quel type d'eau, avec quelle technologie, et sur quelle preuve ?
On reprend la chaîne dans l'ordre : comment savoir si votre eau est réellement concernée, ce que dit la réglementation française, quelles technologies retiennent les PFAS dissous et lesquelles les laissent passer, comment décoder une certification, et ce que vaut l'allégation PFAS du filtre à gravité British Berkefeld.
Commencez par ces trois constats, qui vont à l'encontre de ce qu'on lit sur la plupart des pages marchandes :
- la céramique micro-filtrante ne retient pas les PFAS dissous : elle arrête particules et micro-organismes, pas des molécules dissoutes ;
- faire bouillir l'eau ne retire pas les PFAS et peut au contraire les concentrer ;
- une eau conforme aux limites réglementaires ne nécessite pas forcément de filtration.
1. Une famille, pas un polluant unique
L'ECHA, l'agence européenne des produits chimiques, définit un PFAS comme une substance contenant au moins un atome de carbone entièrement fluoré, sans atome d'hydrogène, de chlore, de brome ou d'iode attaché. C'est une définition large, très au-delà des deux ou trois noms qui circulent dans la presse.
Deux propriétés expliquent l'essentiel de leur comportement :
- la liaison carbone-fluor est l'une des plus stables de la chimie organique. L'ECHA les décrit comme persistants dans l'environnement plus longtemps que toute autre substance synthétique : d'où l'expression « polluants éternels » ;
- ils sont solubles dans l'eau. Voilà pourquoi une barrière mécanique ne suffit pas : un PFAS dissous n'est pas une particule, et un tamis ne l'arrête pas.
La famille se subdivise selon la longueur de la chaîne carbonée. Le PFOA et le PFOS comportent 8 atomes de carbone (chaînes « longues ») ; le PFBA en compte 4, le TFA seulement 2. Ce n'est pas un détail de laboratoire : la longueur de chaîne change la façon dont chaque technologie retient le composé, ou le laisse filer. Un filtre brillant sur le PFOA peut se montrer nettement moins efficace sur le PFBA.
La bioaccumulation, enfin, varie fortement d'un composé à l'autre et ne se généralise pas à la famille entière. L'enjeu de l'eau est donc d'abord collectif, du côté de la réduction des rejets, avant d'être une affaire de filtre domestique.
2. Votre eau est-elle concernée ?
En France, l'eau du robinet est surveillée en continu, sous la responsabilité des agences régionales de santé. C'est la première source à consulter, et elle est gratuite. Le test qualité de l'eau par commune s'appuie sur ces résultats pour vous situer.
Deux bilans publics donnent un ordre de grandeur. Le ministère de la Santé indique que, parmi la population couverte par ses données (34,3 % de la population), 97 % est alimentée en permanence par une eau conforme et 3 %, soit environ 703 000 personnes, a connu au moins un dépassement. Ces pourcentages portent sur cette sous-population, pas sur la France entière. Le bilan de la DGS pour 2024 recense par ailleurs 959 unités de distribution contrôlées et 506 708 habitants concernés par au moins un dépassement, soit 6,4 % de la population contrôlée, sur 36 unités, sans qu'aucune restriction de consommation ait été nécessaire.
Gardez en tête que ces chiffres ne dessinent pas une carte de la contamination française :
- ils ne sont pas exhaustifs au niveau national et ne décrivent que les réseaux contrôlés ;
- un dépassement ponctuel n'est pas une exposition durable et n'entraîne pas automatiquement une consigne sanitaire.
La campagne ANSES 2023-2025 apporte un repère du même ordre. Sur 35 PFAS recherchés, 20 ont été détectés en eau brute et 19 en eau distribuée. 9 échantillons d'eau traitée sur 627 dépassent 100 ng/L pour la somme des 20 PFAS, entre 110 et 451 ng/L. Neuf échantillons sur 627 ne disent rien de votre commune : ils montrent qu'un suivi national large fait apparaître des cas ponctuels, ce qui justifie le contrôle, sans permettre de généraliser.
Le TFA, un PFAS ultra-court, a été quantifié dans 92 % des eaux de cette campagne, avec une médiane de 780 ng/L. Aucune conclusion sanitaire n'en découle en l'état. Ce chiffre dit surtout qu'un composé ultra-court, très mobile, est partout présent, et que les technologies domestiques ne le retiennent pas de façon fiable.
Faut-il faire analyser son eau soi-même ?
Une analyse en laboratoire est possible, à condition de la cadrer :
- le laboratoire et la méthode comptent autant que le résultat. Une analyse PFAS n'a de sens que si vous connaissez la liste des composés recherchés ;
- une analyse est un instantané. Un prélèvement ponctuel ne résume pas la variabilité d'un réseau ou d'un puits ;
- les résultats se lisent face à un seuil : en France, la somme des 20 PFAS à 0,10 µg/L (100 ng/L), décrite plus bas ;
- la liste des 20 PFAS est un cadre réglementaire, pas une garantie que toute la famille est couverte. Un PFAS non recherché ne sera pas détecté.
Si votre eau est conforme, la première réponse reste l'information sanitaire officielle, pas l'achat d'un appareil.
3. Ce que dit vraiment la réglementation
En droit français, une limite de qualité est contraignante : l'eau qui la dépasse est non conforme. Une référence de qualité, elle, n'est qu'un repère indicatif. Voici les valeurs PFAS et sanitaires utiles.
| Paramètre | Valeur | Nature | Portée |
|---|---|---|---|
| Somme des 20 PFAS (eau distribuée) | 0,10 µg/L (100 ng/L) | Limite de qualité | Valeur opposable en France |
| Somme des 20 PFAS (eau brute) | 2 µg/L | Aucune | Avant traitement |
| « PFAS total » | 0,50 µg/L (500 ng/L) | Directive (UE) 2020/2184 | Non transposée, non opérationnelle en France |
| Décret n° 2025-1287 | 22 molécules (20 PFAS + 6:2 FTSA + TFA) | Liste réglementaire | En vigueur au 01/01/2026 ; TFA et 6:2 FTSA au 01/01/2027 |
| EFSA 2020 : TWI | 4,4 ng/kg de poids corporel/semaine | Dose d'exposition | Somme de PFOA, PFNA, PFHxS, PFOS |
| HCSP 2024 : seuil provisoire | 20 ng/L | Valeur provisoire | Somme de 4 PFAS dans l'eau destinée à la consommation |
La valeur contraignante en France est donc la somme des 20 PFAS à 0,10 µg/L, appliquée de façon anticipée depuis le 1er janvier 2023. Le « PFAS total » à 0,50 µg/L figure dans la directive (UE) 2020/2184, mais il ne s'applique pas en droit français tant que les lignes directrices techniques prévues par la directive ne sont pas publiées. Confondre les deux est une erreur répandue, y compris chez des revendeurs. Pour l'Union européenne, l'échéance de conformité est fixée au 12 janvier 2026 (article 25 §1).
Deux repères sanitaires s'ajoutent à ces valeurs, et ils ne sont pas des seuils dans l'eau :
- l'EFSA fixe une dose tolérable d'exposition (TWI) de 4,4 ng/kg de poids corporel par semaine pour la somme de PFOA, PFNA, PFHxS et PFOS. C'est une dose, pas une concentration mesurable au robinet ;
- le HCSP a proposé en 2024 une valeur seuil provisoire de 20 ng/L pour la somme de ces 4 PFAS dans l'eau destinée à la consommation. Elle porte sur 4 composés, pas sur les 20 de la limite de qualité.
Un seuil réglementaire décrit l'eau distribuée. Il ne dit rien de ce qu'une cartouche domestique sait faire.
4. Les technologies qui retiennent les PFAS dissous
Quatre mécanismes sont souvent mélangés sous le mot « filtration » :
- filtration : rétention de particules par taille de pore ;
- adsorption : fixation de molécules dissoutes à la surface d'un média ;
- réjection : refus de passage par une membrane dense ;
- échange d'ions : échange de charges sur une résine.
Seuls les trois derniers agissent sur des PFAS dissous.
Adsorption sur charbon actif
Le charbon actif (granulé ou en bloc) fixe les molécules à sa surface. Il est très efficace sur les chaînes longues et beaucoup moins sur les chaînes courtes.
Les efficacités maximales observées citées par l'EPA sont de > 99,8 % pour le PFOA et 99,7 % pour le PFOS. Ce sont des maximums, pas des performances soutenues. Sur les chaînes courtes, le charbon perce tôt : l'ordre de percée observé (Berretta et al. 2021), de la plus précoce à la plus tardive, est PFBA, PFHxA, PFBS, PFOA, PFHxS, PFOS. Concrètement, un charbon actif peut afficher 99,5 % en laboratoire sur le PFBA et percer à 10 % dès 6 000 volumes de lit. L'EPA juge le charbon actif non rentable pour le PFBA et le PFPeA. Sur le HFPO-DA (GenX), elle ne rapporte qu'environ 93 %, avec peu d'études.
La durée de vie dépend de l'eau. Sur une eau souterraine à 0,7 mg/L de carbone organique dissous, Burge et al. (2023) mesurent une percée de 10 % à 6 000 volumes de lit pour le PFBA, 11 000 pour le PFPeA, 16 000 pour le PFHxA et 23 000 pour le PFOA. Ces volumes ne se convertissent pas en litres sans connaître le volume de lit, et une autre eau donnera d'autres valeurs.
Échange d'ions
Les résines échangeuses d'anions retiennent les PFAS par affinité de charge. Elles surpassent le charbon actif, en particulier sur les chaînes courtes : Woodard et al. (2017) rapportent que la résine traite plus de 8 fois plus de volumes de lit que le charbon avant percée du PFOS, et plus de 4 fois plus de PFAS total par gramme.
Les maximums observés par l'EPA sont de 99,7 % pour le PFOS, 99,3 % pour le PFOA, 99,3 % pour le PFBS et 99,3 % pour le PFBA. Le PFBA fait partie des composés qui percent le plus tôt et reste difficile à retenir. La résine coûte plus cher, demande une régénération, et les cartouches domestiques qui l'embarquent sont souvent plus onéreuses que le charbon seul.
Osmose inverse et nanofiltration
Ces deux technologies utilisent une membrane dense qui rejette les molécules dissoutes. Ce sont les plus larges sur l'ensemble des longueurs de chaîne : l'EPA cite des maximums observés de 99,9 % pour le PFOA, le PFOS et le PFBA, et 99,8 % pour le PFBS. La nanofiltration atteint 99,9 % sur le PFOA, plus de 99,9 % sur le PFOS et 99,8 % sur le PFBS.
Reste une différence que l'on entend trop peu : contrairement au charbon et à l'échange d'ions, l'osmose inverse et la nanofiltration ne présentent pas de comportement de percée (« unlike GAC and IX, RO and NF do not exhibit breakthrough behavior », EPA 2024).
La contrepartie existe, et elle est rarement mise en avant :
- un rejet concentré : 8 à 15 % du volume d'alimentation, avec des PFAS concentrés environ 6 à 12 fois. Ce rejet doit être évacué, et l'argument « zéro rejet » ne tient pas pour un osmoseur ;
- une déminéralisation : l'eau produite est largement privée de ses minéraux ;
- un entretien membranaire régulier ;
- des capacités plus limitées sur le TFA, comme pour les autres technologies.
L'OMS indique que les membranes haute pression, l'adsorption et l'échange d'ions peuvent réduire le PFOS et le PFOA d'au moins 90 % et ramener une eau contaminée sous 100 ng/L. Cette position porte sur PFOS et PFOA uniquement.
Matrice technologie × composé
| Technologie | PFOA (C8) | PFOS (C8) | Chaînes courtes (PFBA/PFHxA/PFBS) | TFA (C2) | Preuve | Limites |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Charbon actif (granulé ou bloc) | max > 99,8 % | max 99,7 % | max 99,5 % en labo, percée précoce | non fiable | EPA, études nommées | saturation, percée, PFBA non rentable |
| Échange d'ions | max 99,3 % | max 99,7 % | max 99,3 % (PFBA difficile) | capacité limitée | EPA, Woodard 2017 | coût, régénération |
| Osmose inverse | max 99,9 % | max 99,9 % | PFBA 99,9 %, PFBS 99,8 % | capacité limitée | EPA, pas de percée | rejet concentré 8–15 %, déminéralisation |
| Nanofiltration | max 99,9 % | max > 99,9 % | PFBS 99,8 % | données insuffisantes | EPA | dépend du seuil de coupure |
| Céramique micro-filtrante | non retenu | non retenu | non retenu | non retenu | Das & Ronen 2022 | filtration particulaire uniquement |
| Carafe à charbon | variable | variable | variable | données insuffisantes | Teymoorian et al. 2024 | 38 % à ~99–100 % selon le média |
Tous ces chiffres sont des maximums observés : ils ne garantissent ni la performance d'un produit précis, ni sa tenue dans le temps. L'ébullition n'y figure pas, parce qu'elle ne retient pas les PFAS (voir la section suivante).
Le cas des carafes
Sur 75 PFAS en eau non dopée, Teymoorian et al. (2024) rapportent des écarts importants selon le média : Brita Standard 38 %, Brita Elite 20–48 %, Aquagear 60–77 %, ClearlyFiltered 96–99 %, ZeroWater ≈ 99–100 %. Ces résultats ne sont pas extrapolables : ils dépendent du média et de l'eau testée. Surtout, la ZeroWater combine charbon actif et échange d'ions ; elle n'est pas représentative d'une carafe « charbon seul ». Une carafe non testée et non certifiée vous laisse donc dans le flou : « carafe » ne veut rien dire en soi.
5. Ce qui ne retient pas les PFAS
Le marketing et la physique ne divergent nulle part autant qu'ici.
La céramique micro-filtrante. C'est le média des cartouches à gravité grand public. Elle retient les particules et les micro-organismes plus gros que ses pores, de l'ordre de 0,1 à 10 µm en micro-filtration. Un PFAS dissous est une molécule de taille nanométrique, très inférieure à celle des pores : il traverse. La revue Das & Ronen (2022) conclut que les membranes céramiques sont « moins efficaces pour rejeter et retirer la plupart des PFAS, en particulier les PFAS à chaîne courte ». À ne pas confondre avec la céramique de nanofiltration (pores d'environ 4 nm), qui appartient à une autre classe de produits.
La filtration purement mécanique, la coagulation, la micro- et l'ultrafiltration, l'aération, l'oxydation et la désinfection. Appleman et al. (2013) les jugent « majoritairement inefficaces pour retirer les PFAS ». « Majoritairement » ne veut pas dire « toujours nulles », mais aucune ne constitue une solution PFAS à elle seule.
L'ébullition. Elle n'élimine pas les PFAS réglementés et peut même les concentrer par évaporation de l'eau. Les positions officielles convergent là-dessus. Une étude (Gao et al. 2024) mesure une réduction de seulement 11–14 % pour le PFOA et les PFAS réglementés. Elle mesure aussi 61–86 % pour des PFAS volatils non réglementés : une catégorie distincte des chaînes courtes PFBA, PFHxA et PFBS, pour lesquelles les sources ne fournissent aucune donnée d'ébullition. L'ampleur exacte fait débat, mais le consensus est clair : l'ébullition n'est pas un procédé de retrait. Ne comptez pas sur elle pour « purifier » une eau au PFAS.
Les carafes non testées et non certifiées. Leur efficacité est indéterminée. Une allégation sans composé, sans protocole et sans certification ne vaut rien.
6. Décoder une certification
Une certification ne se résume jamais à un pourcentage ni à un logo de marque. Elle porte sur un produit identifié, pour une allégation nommée, sous une norme précise, avec un titulaire. « Certifié NSF » sans ces quatre éléments ne veut rien dire.
| Norme | Portée | Composés / allégation | Ce qu'elle ne dit pas |
|---|---|---|---|
| NSF/ANSI 53 | Effets sur la santé | PFOA + PFOS (allégations ajoutées en 2018 pour le charbon, 2019 pour l'échange d'anions) ; allégation « Total PFAS » = 7 composés nommés (PFHpA, PFHxS, PFNA, PFOA, PFOS, PFBS, PFDA) ; limite combinée abaissée de 70 à 20 ppt (édition 2022) | ne couvre pas « les PFAS » ; ne publie aucun pourcentage |
| NSF/ANSI 58 | Osmose inverse | PFOA/PFOS depuis l'édition 2018 (annexe F) | le texte de la norme les couvre ; la page grand public de NSF ne les liste pas explicitement dans ses allégations optionnelles : divergence de présentation, pas absence de couverture. Vérifiez le listing du produit précis |
| NSF/ANSI 401 | Polluants émergents | 15 composés nommés, dont aucun PFAS, plus une allégation microplastiques (2024) | ne certifie pas les PFAS |
| NSF/ANSI 42 / 372 | Esthétique / matériaux | 42 couvre les effets esthétiques (goût, odeur, chlore, particules) ; pour le produit British Berkefeld, l'allégation listée est la réduction nominale des particules de classe I. 372 = conformité des matériaux | aucune réduction de PFAS |
Retenez surtout ceci : « certifié NSF/ANSI 401 » ne signifie pas « certifié PFAS ». C'est l'une des confusions les plus fréquentes, et des revendeurs en jouent. L'allégation « Total PFAS » de la norme 53, elle, porte sur 7 composés nommés, pas sur l'ensemble de la famille. Et une certification ne publie jamais un chiffre : elle nomme une allégation.
Réserve sur le « Total PFAS ». Le nombre de composés varie selon les documents NSF : un article NSF en cite 4, la note du listing en cite 7. C'est cette dernière qui est retenue ici, car elle correspond au périmètre publié pour les produits listés.
La vérification se fait dans un répertoire officiel (NSF, IAPMO, WQA), pas sur un badge de revendeur. Exigez le titulaire, le modèle et l'allégation exacte.
Lire une allégation PFAS : six questions
| Question | Pourquoi elle compte | Exemple de bonne réponse |
|---|---|---|
| 1. Quel composé ? | « PFAS » n'est pas un composé | « PFOA et PFOS » |
| 2. Quelle technologie ? | filtration, adsorption, réjection et échange d'ions ne se valent pas | « charbon actif en bloc » |
| 3. Quel protocole et quelle eau ? | les conditions ne sont pas transposables | « 75 PFAS, eau non dopée » |
| 4. Certification ou test interne ? | le statut probant diffère | « certifié IAPMO W-17177 » vs « testé par QFT » |
| 5. Un pourcentage de quoi ? | exiger l'entrée et le résidu | « 1,5 ppb → ≤ 0,07 ppb » |
| 6. Quel produit exact ? | une certification porte sur un produit, jamais sur une marque | titulaire + modèle + allégation |
Commencez par vérifier votre eau
Les contrôles sanitaires de votre commune sont publics et gratuits. Vérifiez-les avant d'envisager un appareil.
7. Et le filtre à gravité British Berkefeld ?
Le fabricant British Berkefeld / Doulton revendique « jusqu'à 95 % des PFAS (PFOA + PFOS) », avec une fiche technique indiquant un passage de 1,5 ppb à ≤ 0,07 ppb, sur un essai de laboratoire QFT selon la méthode NSF 53-2021. Doulton écrit elle-même « tested to NSF standards, completed by QFT » : testé selon une norme, pas certifié par NSF.
Ne confondez pas les deux : il ne s'agit pas d'une certification NSF. Le listing officiel de British Berkefeld ne porte aucune allégation PFAS : 42 = réduction nominale des particules de classe I ; 53 = kystes et turbidité ; 401 = microplastiques. Le « 95 % » est donc une allégation fabricant, sur PFOA et PFOS seulement, à attribuer comme telle, jamais à présenter comme une performance certifiée.
Un contre-exemple rend la limite plus claire : le Culligan MaxClear, filtre à gravité, est réellement certifié « Total PFAS » (7 composés) par IAPMO, sous NSF/ANSI 53-2023 (certificat W-17177). Un filtre à gravité peut donc être certifié PFAS. L'absence de certification PFAS sur le British Berkefeld est une limite vérifiable, pas une fatalité technique.
Pour le détail par cartouche et par contaminant, voyez ce que filtre et ne filtre pas le British Berkefeld et le guide de la marque.
8. Comment choisir
| Étape | Question | Action |
|---|---|---|
| 1 | Mon eau est-elle conforme ? | Consultez les résultats de votre commune sur /qualite-eau ; les consignes sanitaires priment |
| 2 | Est-elle concernée par des PFAS ? | Regardez les contrôles locaux ; envisagez une analyse ciblée en cas de doute |
| 3 | Quel composé visez-vous ? | PFOA/PFOS, chaînes courtes et TFA ne se traitent pas de la même façon |
| 4 | Quelle technologie ? | Produit charbon listé NSF/ANSI 53, échange d'ions, ou osmose inverse / nanofiltration selon le composé |
| 5 | Quelles contraintes acceptez-vous ? | Rejet d'eau, déminéralisation, entretien, débit |
| 6 | Quelle preuve exigez-vous ? | Une certification nommée (produit + allégation), pas un pourcentage |
Concrètement :
- si votre eau est conforme et que vous cherchez surtout un meilleur goût, un dispositif simple et entretenu peut suffire ; un traitement PFAS lourd n'est pas justifié ;
- si vous visez une réduction certifiée de PFOA/PFOS, cherchez un produit listé avec l'allégation exacte, par exemple sous NSF/ANSI 53 ;
- si vous voulez couvrir aussi les chaînes courtes, l'échange d'ions et l'osmose inverse sont les options documentées les plus larges, avec leurs contreparties (coût, rejet, déminéralisation) ;
- si le TFA est votre préoccupation principale, aucune technologie domestique certifiée ne garantit un retrait fiable aujourd'hui. Mieux vaut le savoir avant d'acheter.
Pour comparer les grandes familles de systèmes, voyez filtre à gravité vs osmoseur vs carafe et, en amont, pourquoi filtrer son eau.
9. Entretien et limites
La saturation du charbon est invisible. Un charbon saturé peut continuer à laisser passer l'eau alors qu'il ne retient plus la molécule cible. La durée de vie dépend de la matrice d'eau : carbone organique dissous, pH et compétition des anions modifient la capacité. Suivez les indications de remplacement du fabricant et, si un enjeu PFAS est réel, faites vérifier la performance dans la durée plutôt que de vous fier à un calibrage calendaire. Les sources PFAS du dossier documentent cette saturation et l'effet de la qualité d'eau ; elles ne décrivent pas explicitement de relargage des composés retenus en fin de vie.
Aucune technologie domestique certifiée ne garantit aujourd'hui un retrait fiable du TFA ni des PFAS ultra-courts. C'est une limite de périmètre, à annoncer clairement avant l'achat, pas un argument de vente.
Un filtre ne rend pas potable une eau de provenance inconnue (pluie, rivière, puits). Il ne remplace ni une désinfection ni un contrôle sanitaire. Pour ces cas, voyez purifier une eau de pluie, de rivière ou en urgence.
Une eau conforme ne nécessite pas forcément de filtration. Les consignes sanitaires et les éventuelles restrictions préfectorales priment toujours. Un filtre domestique relève alors du confort, pas de la nécessité.
Les coûts. Les sources PFAS du dossier ne fournissent ni prix, ni coût au litre, ni volume de rejet chiffré par appareil. Nous n'en inventerons pas. Pour situer une éventuelle économie face à l'eau en bouteille, utilisez le simulateur d'économies ; pour comparer les modèles, le comparateur.
10. FAQ
Quelle différence entre NSF/ANSI 53 et NSF/ANSI 401 pour les PFAS ?
La norme 53 porte des allégations PFOA et PFOS pour des produits listés, et une allégation « Total PFAS » limitée à 7 composés nommés. La norme 401 couvre 15 composés émergents, dont aucun PFAS, plus les microplastiques. Une certification 401 ne certifie donc pas les PFAS.
Un filtre céramique retient-il les PFAS ?
Non, pas les PFAS dissous. La céramique micro-filtrante retient des particules et des micro-organismes. Les molécules de PFAS, dissoutes et de taille nanométrique, la traversent. Ne la confondez pas avec la céramique de nanofiltration, qui est une autre technologie.
Faire bouillir l'eau élimine-t-il les PFAS ?
Non. L'ébullition ne retire pas les PFAS réglementés (PFOA, PFOS) et peut les concentrer. Une étude mesure 11–14 % de réduction pour le PFOA et les PFAS réglementés, et 61–86 % pour des PFAS volatils non réglementés (une catégorie distincte) par évaporation. Les sources ne donnent aucune donnée d'ébullition pour les PFBA, PFHxA et PFBS. Ce n'est pas un procédé de retrait fiable.
Pourquoi parle-t-on de 0,10 µg/L et de 0,50 µg/L ?
La valeur opposable en France est la somme des 20 PFAS à 0,10 µg/L (limite de qualité). Le « PFAS total » à 0,50 µg/L est une valeur de la directive européenne, non transposée et non opérationnelle en France. Ce n'est ni la même chose, ni le même périmètre de composés.
Faut-il un filtre si l'eau de ma commune est conforme ?
Pas forcément. Une eau conforme ne nécessite pas de traitement domestique ; les consignes sanitaires priment. Un filtre peut se justifier pour le goût ou un usage particulier, mais il ne remplace pas le contrôle sanitaire.
Le filtre à gravité British Berkefeld retient-il les PFAS ?
Le fabricant revendique jusqu'à 95 % sur PFOA et PFOS, sur un essai de laboratoire QFT selon la méthode NSF 53-2021. Il ne s'agit pas d'une certification NSF : le listing officiel ne porte aucune allégation PFAS. À traiter comme une allégation fabricant, pas comme une performance certifiée.
11. En pratique
Un traitement domestique des PFAS a du sens dans des situations précises : une eau effectivement concernée par un dépassement documenté, un composé identifié, et une attente de performance vérifiable. La démarche est alors simple : vérifier les résultats de sa commune, identifier le composé visé, puis exiger une certification nommée plutôt qu'un pourcentage.
Il a beaucoup moins de sens si votre eau est conforme, si vous cherchez surtout à améliorer le goût, ou si vous espérez couvrir « les PFAS » en bloc. Aucune technologie domestique n'y parvient, et les PFAS ultra-courts comme le TFA échappent aujourd'hui à toute garantie certifiée.
Avant tout achat, commencez par le test qualité de l'eau de votre commune. C'est gratuit, documenté, et cela évite souvent d'acheter un appareil pour un problème que vous n'avez pas.